Pourquoi faut-il toujours s’entraîner avec des chèvres au tennis

On te répète depuis des lustres que le « must » pour progresser au tennis est de s’entraîner avec des joueurs plus forts. Rien n’est plus faux à mon avis. Voilà pourquoi je pense, au contraire, qu’il vaut mieux taper la balle avec des chèvres.

 

Parce que ça te permet de travailler ton jeu

Normalement, en match, il faut ne penser à rien et laisser libre cours à son instinct (ouais, je sais, c’est dur). Le seul moment où l’on peut et même où l’on doit penser à sa technique, c’est à l’entraînement. Mais pas facile, quand t’es déjà à l’arrache contre un mec ou une nana classé(e) un ou deux échelons au-dessus de toi, de te prendre la tête avec ta nouvelle prise en revers ou de te forcer à monter davantage au filet, alors que tu sais très bien que tu vas arroser la bâche ou te faire transpercer 4 fois sur 5. Pourtant, l’entraînement, c’est fait pour s’entraîner, pas pour gagner, n’est-ce pas ? Mais non, rien à faire : même quand ça compte pas, tu as au fond de toi cet instinct de survie qui fait que tu ne peux pas te détacher complètement du score. Donc tu retournes à ta prise pourrie, tu sais que ça ne te mèneras jamais très loin mais au moins, dans l’instant, tu « maîtrises » à peu près ce que tu fais. Contre une chèvre, tu pourras te lâcher en toute impunité et travailler toutes les séquences que tu veux, tu garderas néanmoins toujours (à peu près) le contrôle du score. Et je sais que c’est tellement important pour toi…

 

Parce que ça booste ta confiance

Que l’on s’appelle Rafael Nadal ou que l’on soit le 30/3 du coin, on a tous besoin d’emmagasiner de la confiance pour bien jouer. Et pour ça, il n’y a pas 36 solutions : il faut de la « win ». La compétition sert à ça mais il est des moments – moins vrai pour Nadal que pour le 30/3 du coin – où l’on est vraiment dans le dur, incapable de gagner un match ni même de mettre une balle dans le terrain. Mon conseil, quand tu es ainsi dans le trou, est de creuser encore, jusqu’à toucher le fond. Là, tu vas pouvoir donner une impulsion pour commencer à remonter. Cela passe par un retour au basique face à des méga-chèvres de concours contre lesquelles il te sera impossible de perdre, même dans ton état, même avec 40 de fièvre, une raquette en bois ou une jambe récemment amputée. Ok, il te faudra mettre ton ego de côté, oublier la flamboyance, sortir tes coups les plus merdiques… Mais tu verras, recommencer à gagner des jeux, des sets, un match, ça va te faire du bien. Et les sensations finiront par revenir.

 

Même si tu lui mets une taule, la chèvre, en plus, garde toujours le sourire !

 

Parce que tu gardes ton influx

Malgré tout, il faut avoir à l’esprit qu’en termes de gain pour la confiance, rien, absolument rien, ne remplace une « vraie » victoire dans un « vrai » match officiel. C’est peut-être débile, mais c’est comme ça. En match, l’essentiel, c’est donc de gagner. A l’entraînement, l’essentiel, c’est plutôt de bien travailler. Certes, gagner, c’est bien aussi. Mais là, il faut bien calculer son coup. Si tu joues contre un mec de niveau égal voire meilleur que toi, pour gagner, il va falloir que tu t’arraches. Si t’as un match dans les jours suivants, pour peu que tu sois un putain de +35 ans comme moi, tu risques de manquer de fraîcheur physique et mentale. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Non. Je l’affirme ici haut et fort : s’il peut, c’est vrai, y avoir du bon parfois à s’entraîner contre des mecs plus forts, notamment quand on est longtemps privé du rythme de la compétition, en revanche, juste avant un tournoi, ne fais pas cette connerie. Comme tu seras incapable de ne pas jouer le score (ouais, je te connais), tu vas te griller dans une compétition ridicule et tu vas manquer de jus ensuite. Non, dans ces phases cruciales pré-compétitives, pas de pitié : prends une chèvre !

 

Parce que ça fait plus pro

Si ma petite démonstration préalable n’a pas fini de te convaincre, regarde ce que font les meilleurs joueurs du monde. Ils s’entraînent tous, spécialement avant les grandes échéances, avec des chèvres (pour eux…) qu’ils nomment plus élégamment des sparring-partners. Evidemment, Nadal, Federer, Djokovic, Murray and co ont de toutes façons du mal à trouver meilleur qu’eux à l’entraînement. Mais même : le plus souvent, ils aiment bien jouer avec franchement plus mauvais. Pendant sa longue préparation hivernale à Dubaï, Roger Federer a passé un temps fou à martyriser des jeunes blancs-becs américains classés au-delà de la 200è place mondiale. Vous avez vu le come-back qu’il a fait ? Eh ben voilà. Si les Goats (chèvres en anglais) sont recommandées par le GOAT (Greatest of All Time), il n’y a plus d’hésitation possible : ayez le réflexe chèvre !

 

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