Le jour où j’ai perfé en me prenant pour Sampras !

Après deux tours passés bon gré mal gré dans le tournoi auquel je participe actuellement, c’était le début des choses sérieuses avec un premier match en perf’ contre un 15/5. Un joueur que j’ai battu dans une tenue vintage, et en pratiquant un tennis totalement contre-nature !

3è tour
Surface : Béton poreux
Classement adversaire : 15/5
Résultat : Victoire 6/4, 6/4
Sensations : Plutôt bonnasses
Magnitude d’énervement sur l’échelle de Benoît Paire : 4/10

 

Salut les TDM !

Après deux tours passés dans ce tournoi du « 9-3 » auquel je participe en ce moment, c’était donc le début des choses sérieuses avec un premier match en perf’ contre un joueur classé 15/5. Un classement qui, sans être himalayesque, constitue un bon petit sommet dans mon processus de « come-back » à un certain niveau que je me suis fixé. C’est donc un match important pour moi, et j’ai bien envie de le gagner ne serait-ce que pour essayer de grappiller encore un (voire deux) échelons et de me retrouver, moi aussi, au moins 15/5 lors du prochain classement intermédiaire du mois de juin. Pour mon ego personnel, déjà. Et puis, pour éviter d’avoir à faire à chaque fois 4 ou 5 matches par tournoi, ce qui est certes parfait pour monter doucement en puissance, mais qui est moins idyllique pour la vie de couple, surtout quand vous avez des enfants en bas âge. On ne prend pas assez en compte cet aspect-là des choses dans la « compréhension » des difficultés qu’éprouvent parfois les tennisman de merde de mon espèce. Non, on ne peut pas être tous à 200% dans le tennis. Et quand on ne l’est pas, ça se paye cash, généralement, dans l’efficience (ou plutôt la non efficience) de nos coups de fond de court.

Mais là, je dois dire que pour ce 3è tour, je ne suis pas loin de réunir les conditions optimales. Je bosse pas, pas besoin d’inventer une excuse foireuse pour partir en loucedé du bureau, et j’ai même pu – bonheur suprême – me payer le luxe d’une petite sieste avant de partir faire mon match à une heure idéale de fin d’après-midi. Un joli petit soleil printanier, pas trop chaud, pas trop froid, quasiment pas de vent cette fois et, comble de chance, je joue sur le même court que mes deux précédents matches lors desquels j’ai non seulement eu tout loisir de prendre mes repères, mais après lesquels j’ai pu en plus bénéficier de 4 jours de repos aussi rares dans un tournoi individuel FFT que salutaires à mon grand âge de presque quadra.

Bref, les conditions sont tellement favorables que j’en suis un peu déstabilisé. Comme tout TDM qui se respecte, j’ai besoin d’avoir une petite porte de sortie, une sorte de garde-fou intérieur qui me permettrait de m’en sortir en sauvant les apparences même en cas de gros trouage. Finalement, à force de chercher, je trouve. Avant le tournoi, j’avais fait recorder l’une de mes deux raquettes – ouais, c’est psychologique, il me faut toujours un cordage neuf pour commencer un tournoi – mais, dans un petit excès de melonite aigüe, j’avais joué mes deux premiers matches avec mon autre raquette, pensant avoir suffisamment de marge pour m’en sortir sans dommage. J’attendais le début des choses sérieuses pour sortir l’arme fatale. Aujourd’hui, donc. Bon. J’arrive aux vestiaires, je mets mon short, mes chaussures (« c’est toujours les mêmes gestes, d’abord la jambe gauche, etc… »), puis je sors mes deux raquettes de leur fuseau et je fais comme tous les professionnels font dans pareille situation, j’en prends une pour la faire rebondir sur le tamis de l’autre et écouter le bruit du cordage. Inutile de dire que, dans ces moments-là, on a vite tendance à se prendre pour Rafa et se croire dans les vestiaires de Roland. Bon, mais là n’est pas mon propos. Vous connaissez sans doute le truc : plus le cordage est tendu, plus le bruit est aigu (c’est comme les cordes d’une guitare, pour les musiciens). Alors, comment se fait-il (attention, un peu de concentration pour lire le reste de la phrase) que quand je fais rebondir la raquette qui a le nouveau cordage sur la raquette qui a le vieux cordage, le bruit est plus aigu que quand je fais l’inverse ? Autrement dit (pour ceux qui ont pas compris) : comment se fait-il que mon nouveau cordage soit moins tendu que mon ancien cordage ??

Eh bien moi je sais pourquoi, et je vais vous le dire. Il se passe que les mecs du magasin de sport où j’emmène ma raquette s’y connaissent autant en tennis que moi en tricot, que ça fait longtemps que je le pense mais que j’en n’avais pas grand-chose à faire jusque-là. Alors que-là, à 2 minutes de rentrer sur le court pour disputer peut-être le match le plus important de ma saison jusque-là, il est gravissime et complètement anormal que je ne puisse pas bénéficier d’une raquette tendue à mon gré. C’est décidé, après ce tournoi, j’achète une machine à corder. En attendant, je tire de ce coup de colère un arrière-fond de satisfaction : j’ai mon excuse de prête. Ouf. C’est bon, je peux aller sur le court.

Le mec s’esclaffe : « Allez, bon match, Pistol Pete !

 

Je pénètre dans l’arène d’une démarche féline, exhibant fièrement la tenue de combat que j’ai revêtue pour l’occasion : mon fameux polo Nike blanc en fibres synthétiques, le modèle phare de la collection Agassi-Sampras des années 90. On a tous une tenue fétiche, avec laquelle, croit-on, on ne perd jamais. Bon ben moi, c’est celle-là. Ce polo-là a dû jouer des centaines de matches, a vécu mille autres aventures, il est troué de partout et en prime, il est trop grand pour moi (eh oui, la mode était aux vêtements amples dans les années 90), mais j’y peux rien, c’est MON polo. Et là, un des deux acteurs du match précédent, toujours présent en train de faire ses étirements sur le banc (comme si ça servait à quelque chose), s’esclaffe en me voyant : « Oh putain, c’est vintage ça ! ». Un peu piqué au vif, je lui rends néanmoins son sourire. Le mec ramasse son sac, se dirige vers la porte et se tourne une nouvelle fois vers moi : « Allez, bon match, « Pistol Pete ! » Je suis interloqué. Mais je réalise avec stupeur qu’en effet, ce polo, ça fait plus de 20 ans que je l’ai…

Quoi, qu’est-ce qu’il a, mon polo ??

N’empêche que, n’empêche que… L’effet positif, c’est que ça m’a rappelé qu’en ce temps-là, j’avais 20 ans et j’imitais souvent la gestuelle d’Agassi sur le court, même que c’était l’une des visualisations qui fonctionnait le mieux. Je décide donc, dès l’échauffement, de me rappeler à ce bon vieux temps. Je ferme un peu ma prise en revers, raccourcit ma préparation en coup droit et adresse ces frappes sèches caractéristiques. Ça y est, je suis Dédé. « DÉDÉÉÉÉ !!! » Ma foi, ça fonctionne plutôt bien. Je sens correctement la balle aujourd’hui et je suis bien en jambes. J’ai repris le vieux cordage mais ça va encore, c’est jouable. Je jauge mon adversaire, bien sûr. Cette fois, j’ai eu le temps de fouiller un peu dans son passé. Meilleur classement 15/4, ça reste gérable. Il y a bien une petite victoire récente à 15/2 qui me « chafouine » dans son historique, mais bon, pour le reste, ça n’a pas l’air d’être un acharné de la compétition. Sa technique a l’air propre, il est droitier, il joue assez à plat, pas très fort… Il est jeune et a l’air assez sympa aussi. Non, franchement, ça devrait être un match cool à jouer.

Ces pensées positives ne m’empêchent pas d’avoir une classique montée de stress au moment de débuter les hostilités. Mais y’a un truc que j’ai remarqué (il était temps) depuis mon « come back » : en fait, les autres joueurs sont souvent pareils, ils fouettent comme pas possible dès qu’on a fini le toss et commettent généralement leurs fautes les plus grossières dans les 2-3 premiers jeux. J’ai donc pris une résolution : dans ces 2-3 premiers jeux, je ne fais strictement rien, surtout j’essaye pas de jouer le feu d’entrée, sinon c’est l’assurance de partir direct à la faute. Au contraire, je garde le même faux rythme qu’à l’échauffement, en essayant de mettre simplement la balle dans le court. Et bizarrement, j’ai l’impression que cette « technique » m’aide à mieux débuter les matches, alors qu’avant, j’avais souvent tendance à vouloir bien jouer d’entrée, et au final à très mal jouer d’entrée !

Là, en tout cas, ça marche. Mon adversaire est visiblement nerveux et me permet de mener 3-0 sans que j’ai réussi le moindre coup gagnant. Il m’aide beaucoup car, étant quand même forcément un peu tendu, je redoute un adversaire qui me rentrerait d’entrée dans le chou et me forcerait à surjouer. Là, au contraire, il entretient une certaine lenteur de jeu qui me permet de garder mon faux rythme et d’installer doucement mes frappes. Il se charge du reste. C’est idéal.

Ok, on oublie Dédé…

 

C’est idéal mais, bien sûr, je ne m’attends pas à ce que ça dure. D’ailleurs, ça ne dure pas. Mené 3-0, mon adversaire se secoue. Il revient à 3-2 en se mettant soudainement à monter au filet. Le bougre a bien pigé le truc, même si ça ne semble pas être son schéma de jeu le plus naturel. Comme je suis incapable de tirer un passing proprement – comme au tour précédent, d’ailleurs –, je me dis que pour tuer dans l’œuf ses velléités offensives, ce sera à moi de monter au filet avant lui. Il va falloir me faire violence car, moi non plus, ce n’est a priori pas mon schéma naturel, même si mes deux précédents adversaires m’ont mis en confiance en me disant tous les deux – et sans se concerter – qu’ils trouvaient que je volleyais bien. Il aura donc fallu attendre que j’ai presque 40 ans pour qu’on me dise ça, moi qui ai basé mon jeu toute ma vie sur la technique de la fourmi épicière du fond de court. Je pense à tout ça sur ma chaise, alors qu’on tourne à 3-2. Quand soudain, une fulgurance me traverse le cerveau. Et si je prenais le mec de tout à l’heure au sérieux ? Et si en fait, aujourd’hui, j’étais Pistol Pete ?

Je me lève d’un air décidé. Oublié, Dédé. Dorénavant, je suis Pépite Sampras. Je me dirige vers les balles au fond de court, les bras ballants, la tête basse et la langue chancelante, tel un chien assoiffé. Je me place derrière la ligne de fond et j’attaque mon armé de service à la Sampras : le talon gauche levé vers le haut, la montée des bras désynchronisée et hop ! Je décoche un missile terrible… qui manque d’éborgner mon adversaire. Quatre mètres dehors, putain ! Bon, je décide illico de zapper la Sampras attitude au service. Trop compliqué. Pour ma 2è balle, je reviens à une petite merdouille classique à la Nadal à ses débuts, à 2 à l’heure, en plein milieu du carré. L’échange s’instaure et là, en revanche, je ré-enclanche le mode Sampras en coup droit, que je maîtrise mieux, avec ce tiré du coude très marqué arrière. Bim, ça marche bien ! J’aligne dans ce jeu 2 ou 3 enchaînements accélérations de coup droit/volées ma foi fort bien touchées, dont une de revers amortie rétro court croisée que je n’ai pas réussi souvent dans ma vie ! Je suis fier comme un paon. Mais bien sûr, je n’en montre rien et regagne ma place tranquillement en grattant mes cordes de raquette et en épongeant mon front de ces gouttes de sueur imaginaires. Je vis ainsi deux jeux euphoriques, ultra-agressifs, qui me permettent de reprendre les devants. 5-2.

Je commets, à ce moment-là, l’erreur classique d’un petit excès de confiance. Je crois vraiment que ce 1er set est dans la poche et, consciemment ou pas, je me dis qu’il est temps de revenir à un tennis plus classique du fond de court, où mes sensations, normalement, doivent désormais être excellentes maintenant que j’ai pris une avance suffisante pour être relâché. Eh bien, pas du tout. Du fond de court, j’ai tendance à me faire grignoter le cerveau par mon adversaire qui parvient à m’emmener tranquillement dans son rythme et qui se montre meilleur que moi à ce jeu-là. Plus patient, plus régulier. Pour la première fois (enfin non, peut-être pas pour la première fois, mais l’une des premières fois), je me dis sur le court que je me fais vieux, car je me sens moins fort physiquement que mon adversaire qui joue dans la même filière que moi il y a 15 ans : pas de coup fort, mais des jambes vives et endurantes. Il renvoie tout, je n’arrive pas à le déborder du fond. Soit il me pousse à la faute, soit il prend le filet avant et me pousse également à la faute (faudra qu’on m’explique pourquoi, depuis le début de ce putain de tournoi, j’arrive pas à tirer un passing). Je fais une faute, deux fautes, et au final, j’enchaîne deux jeux aussi catastrophiques que les deux précédents avaient été « « brillants » ». Et alors que je pensais le 1er set dans la poche, me re-voilà à 5-4 sur un retour de coup droit qui sort de précisément 3 m et qui m’arrache un cri de rage. Et re-voilà, en prime, le retour du petit bras.

Le mec en slip et en chaussettes sur son palier

 

Tant et si bien qu’au moment de servir une 2è fois pour le set, c’est moins par volonté tactique que par obligation corporelle que je décide de me ruer à la volée. Si je reste au fond, je sens que je vais trembler comme une feuille morte et me mettre à arroser les fleurs plantées autour du court. Je décide donc de jouer mon va-tout sur ce jeu et je prend d’assaut le filet à la moindre occasion. Et ça marche ! Je sais par expérience (je suis bien placé pour ça) qu’il est très difficile, jusqu’à 15/3, 15/2, de tirer des passings quand on est dos au mur. Et de fait, mon adversaire cède avant moi sous la pression. Sur la balle de set, je lui propose un « chip-and-charge » d’école. Enfin, du moins, que je pensais d’école. Sauf que mon « chip », vu la fébrilité de mon poignet, se transforme en une sorte d’« amortie lobée » bizarroïde (oui, je sais, c’est un concept un peu étrange, mais j’ai pas trouvé d’autre mot pour qualifier le coup horrible que je viens de faire). Or, une fois que le « chip » est fait, aussi nul soit-il, plus moyen de revenir en arrière. Pris dans mon élan, je n’ai pas d’autre choix que de « charger ». Sauf que là, je me retrouve dans une situation un peu compliquée, pour ne pas dire désespérée. Complètement à la merci du passing de mon adversaire qui a tout le court devant lui, vous savez à quoi je me fais penser ? A un mec qui aurait malencontreusement claqué la porte de son appartement et qui se retrouve sur son palier en slip et chaussettes, contraint de sonner chez son voisin dans cette tenue. Bon ben là, je suis dans la même risible situation. Sauf qu’un miracle se produit puisque mon adversaire, sans doute déconcentré (par mes chaussettes ?), trouve le moyen de rater son passing de coup droit. Pour vous donner une idée : c’est comme s’il avait raté un éléphant dans un couloir de maison…

1er set pour moi, donc, mais honnêtement, je ferais mieux de ne pas me foutre de sa gueule. Car dès le début du 2è set, alors que mon adversaire est visiblement animé de meilleures intentions, je suis moi-même victime d’un étrange bug de mon système nerveux. Je réalise à mon tour une bourde immanquable à la volée – bon, jusque-là, ça peut arriver – sauf que très curieusement, j’en aligne comme ça deux ou trois successives. C’est étrange, j’avais plutôt bien attaqué et plutôt bien volleyé jusque-là, et voilà que d’un coup, le disque s’enraye. En plus, vous connaissez le topo. Quand on commence à rater 2-3 coups faciles comme ça, derrière, on se met à psychoter. C’est ainsi que, déjà mené 2-0 dans ce 2è set, 30-15 sur son service, je me retrouve en position d’effectuer un smash tellement enfantin que même très probablement ma grand-mère, mon chien et mon poisson rouge réunis ne pourraient le manquer. Mais, fatalement, je repense à mes bourdes précédentes et ça donne ça :

Là, pas de pitié. J’opte pour le hurlement primaire cher à Jean-Marie Bigard. Sur le court d’à côté, les deux mecs sont tellement surpris qu’ils en sont contraints de s’arrêter de jouer en plein échange. Un peu penaud, je m’excuse, à mes voisins et à mon adversaire. N’empêche que ça me fait du bien. J’essaye aussi de me poser la question : les fautes, paraît-il, sont une information. Alors, qu’est-ce qui fait que je viens de commettre cette série de bourdes dignes d’un Pioline des grands jours ? Quelle est l’origine de cette espèce de bug psycho-corporel ? Pourquoi mon cerveau est-il en train d’opérer cet étrange refus d’obstacle ? A questions compliquées, réponse simple : je me dis simplement de remettre du jus au niveau des jambes et tenter de me reconcentrer. Tout ceci me fait du bien. Je sauve ces deux balles de 3-0 et revient à 2-2.

Le match est alors, va-t-on dire, à l’apogée de son intensité (si tant est qu’on puisse parler d’intensité à ce niveau). Mon adversaire est solide, il court partout, il est d’un flegme impressionnant que j’envie un peu. Et moi, ma foi, toujours animé par l’esprit de Pete Sampras, je pratique peut-être le meilleur tennis offensif de ma vie (du moins je le visualise ainsi dans ma tête, mais je pense que si je revoyais le match à la vidéo, je tomberais grave de mon piédestal) et j’ai réussi à bien me calmer. 3-2 pour lui, 3-3, 4-3, 4-4. On a réussi à tenir notre service deux fois d’affilée chacun, ouais !! C’est dire notre niveau de concentration. Mais là, c’est moi qui réussit le break au meilleur des moments pour tourner à 5-4 et m’apprêter à servir pour le match.

A sa place, je lui aurais mis une balle dans la glotte

 

Le changement dure une éternité. Sur le court d’à côté, on assiste à l’abandon d’un des deux mecs, celui qui semblait jouer l’acier au début, soi-disant blessé à la cheville. Tu parles, Charles… Je me marre intérieurement et ça me fait du bien à ce moment du match. Mais le spectacle n’est pas fini car c’est alors que, de l’autre côté du grillage, surgit un énergumène qui connaît visiblement mon adversaire et qui croit bon de l’interpeller à ce moment du match. « Tu joues pour le tournoi ? » (non, non, connard, je reste des plombes assis sur ma chaise, je bois une substance rosâtre en bouffant une banane et j’ai l’air concentré comme si je passais le bac, mais c’est juste pour faire genre). Mon adversaire, qui est d’un calme olympien depuis le début du match, lui répond poliment. L’autre insiste et hurle, en serrant le poing : « Allez, allez, tu peux le faire, forza ! » Je rappelle que nous sommes à 6/4, 5-4, mon adversaire est à un jeu du « first » et d’une contre. Je pense sincèrement qu’à sa place, j’aurais expédié une balle dans la glotte du type. Mais lui ne bronche pas. Et on repart au combat.

A l’attaque de ce dernier jeu, alors que je suis au service, je me dis très distinctement, à haute voix : « Sur ce jeu, tu lui mets une pression maximale. » Ce n’est, en effet, pas le moment de changer une tactique qui a si bien marché jusque-là, fût-elle contre-nature. Pour ce dernier jeu, j’emprunte « mentalement » la gestuelle au service à Rodger (faut vraiment que j’arrête avec mes visualisations à la con). Premier point : mon accélération de coup droit heurte la bande et s’arrête du mauvais côté. C’est toujours énervant mais je me dis que c’était le bon choix, alors je ne m’énerve pas. Deuxième point : cette fois, c’est mon adversaire qui passe à l’offensive et plutôt bien d’ailleurs puisqu’il s’ouvre totalement le court. Mais c’est le moment – le pire – qu’il choisit pour me rendre l’un des cadeaux que je lui ai fait tout à l’heure. Il boise son smash tout à fait qui se retrouve un bon mètre dehors. 15-15, au lieu de 0-30, et c’est pas du tout pareil. Là encore, à sa place, je pense que ma raquette aurait volé dans les arbres. Lui ne pipe mot. Mais c’est quoi ces mutants que j’affronte dans ce tournoi ? Ils sont passés où les tennisman de merde de ma jeunesse ??

N’empêche qu’il a quand même pris un coup au moral, et je prends soin, derrière, d’enfoncer le clou, avec deux bons enchaînements à la volée, suivis d’un service gagnant pour finir. J’ai gagné, yes ! Je rentre chez moi avec le port altier de l’homme qui vient de ramener la pitance à son foyer. J’ouvre fièrement la porte. J’attends que ma femme me demande mon résultat. Au lieu de quoi, elle éclate de rire : « C’est quoi ce polo de vieux que tu nous a mis ! » Tennis de merde…

2 thoughts on “Le jour où j’ai perfé en me prenant pour Sampras !

  1. T’inquiètes, ma femme me demande le résultat de mon match parfois 1h après mon retour… 😁
    Elles ne comprennent pas ce qu’on vit lol

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