Le jour où j’ai été poussé au burn-out tennistique…

La nouvelle saison tennistique qui vient de débuter me rappelle la manière dont j’ai dû mettre un terme précipité à la mienne, cet été, après un match qui a viré au cauchemar. Je vous préviens, c’est pas joli-joli…

 

Niveau de compétition : 1er tour
Classement adverse : 15/4
Surface : Désert afghan labouré aux tirs de mortier
Sensations : Merguez sur le grill
Magnitude d’énervement sur l’échelle de Benoît Paire : 9,5/10

 

 

Salut à tous !

Vous l’avez remarqué, cela fait un moment que je fais preuve d’une régularité remarquable dans la non-tenue de mon blog. En fait, j’émerge à peine d’un long tunnel passé à guérir mon cerveau (et mon corps) des ravages causés par mon dernier match, disputé face à une tête de con qui a eu l’outrecuidance de me foutre une dérouillée au 1er tour d’un tournoi à 23 boules. Oui, 23 boules pour 1h de graves sévices physiques et psychologiques… A part Hannibal Lecter et moi, qui serait sorti de là vivant ? Faut pas s’étonner de la diminution des effectifs dans les tableaux…

Avec le recul, j’aurais dû me douter que je courais à l’abattoir. Voilà quelque temps que j’avais perdu le plaisir de jouer, avec des sensations aussi pures qu’un produit laitier défraîchi… Mais pour des raisons que même les méandres les plus obscures de mon cerveau ne sauraient expliquer, j’avais quand même décidé de rajouter ce tournoi à mon maigre « schedule ». La raison de ce suicide sportif programmé : un bilan médiocre et insuffisant pour assurer mon maintien à 15/3. Ça aussi, tiens… Pourquoi cette obsession du maintien à tout prix, comme une sorte de réflexe de Pavlov, quand son niveau mental et tennistique nécessiterait au contraire d’aller faire un petit tour à l’échelon inférieur, avec les chèvres ?

Bref, ce match, je suis pas vraiment dedans…  Tellement pas dedans que je m’y pointe avec une seule raquette, une bouteille d’eau et l’inévitable sac Eastpack sur le dos. Certes pour des raisons logistiques puisque mon match étant programmé à la sortie du boulot (où je me rends en deux roues), il eût été compliqué de trimbaler un gros thermobag et de subir en plus les regards amusés ou courroucés (c’est selon) de mes collègues. Mais bon, le résultat est le même : avec cette panoplie minimaliste, j’ai l’air d’un nigaud de 30/4 qui va jouer un tournoi multi-chances.

En arrivant au club, surprise : on joue sur terre battue extérieure ! Merde, j’avais pas bien lu la fiche du tournoi…. Notez que j’ai rien contre la terre battue, au contraire. C’est juste que j’ai pas joué dessus depuis la dernière volée gagnante de Gilles Simon… Et bien évidemment j’ai pas prévu les chaussures adaptées. Allez, au pire, me dis-je encore, ça me fera une excuse (faux).

J’entre sur le court et note la qualité de la terre battue comparable à un champ de mines afghan labouré par une batterie de mortiers. Ce sont pas mes chaussures de terre battue qu’il m’aurait fallu, c’est un motoculteur… En plus, il fait une chaleur de bête (match disputé un jour de canicule). C’est là où je me pose LA question que tout joueur de tennis normalement constitué s’est déjà posé à peu près 350 fois dans sa carrière : mais qu’est-ce que je fous là, sérieux ?!!!

 

Mon adversaire, lui, a l’air en revanche fort à son aise. Il a déjà pris place sur un banc – évidemment celui à l’ombre – où il a étalé tout son bordel et je souris intérieurement en constatant la différence quantitative entre mon équipement et le sien : trois raquettes, un Thermobag plus grand que mon frigo, la boisson énergisante, l’anti-vibrateur, le bandeau, le surgrip neuf et autres accessoires ridicules…. Il me tend la main avec un grand sourire hypocrite :

  • « Salut, je suis ton adversaire ! »
  • « Ah bon ? Moi qui pensais que t’étais mon gastro-entérologue… »

Ouais, j’avoue, je suis (déjà) de fort mauvaise humeur… J’étais déjà pas hyper chaud pour jouer, mais là, la découverte de la tronche enfarinée de mon adversaire vient de faire chuter pour de bon mon taux d’adrénaline. C’est purement physique… Enfin, pas que. A sa première phrase, je peux confirmer que le mec est bel et bien con :

  • « J’ai pris le banc à l’ombre, mais si tu veux, vas-y, installe-toi ! »

Je prends ça pour une proposition de partage de banc. Bien que la perspective ne m’enchante guère, celle de griller comme une merguez sur le banc d’à côté, affalé en plein soleil, m’effraie carrément. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, j’accepte donc, en tentant un brin d’humour :

  • « Sympa, merci. T’inquiète, avec ma raquette et mon sac à dos, je vais pas te prendre beaucoup de place. »

Et là, je te vois pas mon adversaire qui commence à rapatrier ses affaires en tirant la tronche. En fait, je n’avais pas bien compris : il ne me proposait pas de partager le banc, il me demandait si j’aurais voulu prendre le banc à l’ombre à sa place (sachant qu’il y avait déjà installé ses affaires). Psychotique, non ? Cette attitude me fait penser à cette fameuse réplique des Bronzés : « Ah non, le Bordeaux, c’est pour moi ! » Bref, réalisant ma méprise, je le laisse à son bout de bois à l’ombre et m’en vais rôtir sur le barbecue d’à côté.

 

 

On n’a pas encore tapé les premières balles d’échauffement que je suis déjà au bout de ma vie. Pendant ce temps, je vois mon adversaire procéder à de drôles d’assouplissements tout en jetant un dernier coup d’œil à son fils, qui a sagement pris place derrière le grillage. Et qui, vu sa tête, a l’air d’avoir autant envie d’être là que moi. Je ris. Début du match.

Profitant de la nervosité de mon adversaire, je gagne par miracle le premier jeu. Mais paradoxalement, le gain de ce jeu achève mes dernières volontés. Je joue le suivant plus relâché, presque trop. Beaucoup trop. Je le perds blanc sans qu’un seul de mes retours n’atterrisse dans le terrain. Le reste du set est au diapason : je ne mets pas une balle dans le terrain. PAS UNE ! En coup droit surtout, c’est juste une blague. Ce qui est censé être mon « point fort », disons mon point d’ancrage, est aujourd’hui aussi aléatoire que la circulation du RER B un jour de grève. Je ne contrôle rien !

Les jeux défilent, mon adversaire ne me semble  pourtant pas être un génie mais il devient de plus en plus solide au fil de mes offrandes. Le pire, c’est que je ne balance pas, du moins pas encore. Mais je ne me rebiffe pas vraiment non plus. Je n’ai pas la flamme (hormis celle qui me brûle le cul à chaque changement de côté).  Ponctuellement, je tente de mettre un peu plus d’énergie à la frappe, non pas pris d’un quelconque instinct de résilience, mais parce que je sens le regard d’une nana plutôt mignonne qui joue sur le court d’à côté. Alors, je pose un peu mieux mon appui, soigne mon geste et me regarde le nombril à l’accompagnement, poussant même un petit râle (que j’estime) viril à la frappe. Mais le résultat est généralement le même : faute, faute, faute ! FAUUUUTE !! Et la nana détourne vite le regard…

 

 

Tout cela devrait m’énerver, mais même pas. Je pense à autre chose et l’affiche à mon adversaire en consultant ostensiblement mon portable à chaque changement de côté. En terme d’attitude puérile, je la dispute à Benoît Paire, le talent en moins…

Un fait de jeu finit toutefois par m’agacer. Cela fait plusieurs fois que mon adversaire m’annonce faute des balles qui ne me paraissent pas si longues que ça, sans que jamais je ne conteste, car : 1/ Je ne vois pas la ligne de fond, maculée de lumière et de terre poussiéreuse ; 2/vu mon niveau, je conçois tout à fait que ma balle soit faute. Mais, à un moment, je surprends son regard s’attarder sur un impact. Je vois qu’il hésite, mais il ne pipe mot et prend son point.

Soudain, le doute m’habite. J’attends le changement de côté pour aller vérifier la trace. Elle mord clairement la ligne. Pas complètement sûr de mon fait néanmoins (était-ce la bonne trace ?), je ne dis rien mais n’en pense pas moins. D’absent, je deviens énervé. Ce qui ne m’empêche pas de perdre le 1er set 6/1.

A l’amorce du 2ème set, poussé par la colère, je tente de raccrocher le wagon. Je mène 2-1, YOU-HOU !! Survient alors un nouvel incident. Côté égalité, il me sert un ace parfaitement slicé et bien placé. Imparable. Sauf que la balle a laissé un impact gigantesque que, pour le coup, j’estime faute. Le gars approche, scrute à son tour la trace… et commence à m’expliquer que, non, si l’on prend en compte l’effet conjugué de la sècheresse de la brique pilée et de la moulure abîmée du plastique, la balle a bel et bien touché la ligne.

N’ayant pas la force d’entamer des discussions de marchand de tapis, je lui donne son point en faisant beaucoup d’efforts pour contenir mon envie de lui dire à quel point je trouve que son état d’esprit est tout à fait au diapason de sa tête de con.  Je regrette surtout de ne pas avoir pensé à saisir mon portable pour photographier la marque et la soumettre à votre opinion, façon Stakhovsky.

 

 

Deux jeux plus tard, alors que je suis désormais mené 3-2, survient LE coup de grâce. J’ai une balle de 3-3 sur mon service, donc ne suis pas encore tout à fait mort. Première balle profonde, son retour est court. « OUT », hurle-t-il au moment où j’arme une puissante accélération de coup droit. Accélération certainement destinée à être satellisée, peut-être, mais peu importe. Monsieur n’est pas sûr de lui :

  • « Euh, attend, j’ai un doute, elle est où la trace ? »

Voilà, c’est le moment précis où une bombe atomique explose dans ma tête. A la seconde, je pète littéralement un fusible. Je me transforme. Je deviens autre. Bravant la foule et les règlements hostiles, tel Jimmy Connors à l’US Open 77 contre Barazzutti, je passe de l’autre côté du terrain et m’en vais lui montrer une trace parfaitement lovée sur la ligne. Si cette balle-là est faute, moi, je suis la crème antirides de Brigitte Macron et le conseiller com’ de Sibeth Ndiaye réunis ! Devant mon air furibard, il tente de m’amadouer :

  • « Euh, désolé, je suis pas sûr de moi, on peut en remettre deux, si tu veux ? » demande-t’il d’un ton sirupeux en prenant à partie son fils pour savoir s’il a vu la balle.

En remettre deux ?!! Mais je vais t’en remettre deux entre les jambes, oui !!! Oubliant l’attitude de gentlemen que je tentais désespérément de conserver pour ne pas perdre la face vis-à-vis de la belle inconnue du court d’à côté, je me mets à vociférer tel un rhinocéros en rut :

  • « Mais arrête, si tu m’annonces systématiquement faute toutes les balles qui s’approchent de la ligne, on va pas s’en sortir !!! »

Oui, là,  j’ai définitivement perdu le contrôle de moi-même…

J’en profite ici pour faire une parenthèse : sérieusement guys, quand vous n’êtes pas sûr d’une balle pendant l’échange, jouez ! C’est comme pour le hors-jeu au foot, le doute doit toujours profiter au jeu. Tant que le Hawk-Eye n’aura pas été généralisé dans les clubs amateurs, on ne peut pas se permettre d’arrêter un échange pour ensuite remettre deux balles. C’est trop facile !

Bon, ça, c’était pour la petite leçon de morale. Et sinon, la suite ? Quelle suite ? Il n’y en a pas eu. Désormais convaincu d’avoir affaire à un putain de tricheur – le seul défaut au tennis pour lequel je n’ai aucune espèce de tolérance (même si oui, je sais, c’est bien moi qui avait écrit ce tuto…) -, j’abandonne toute forme de combat et ne marque plus le moindre jeu jusqu’à la fin. Je reconnais que je tombe ainsi un peu dans la facilité. Quelque part, ça m’arrange presque. Car en étant honnête, j’aurais très probablement perdu aussi sans qu’il ne me carotte le moindre point. Mais je n’en peux plus de me battre, contre moi-même et désormais contre lui. Je saisis donc cette porte de sortie.

Mon attitude à la fin du match est à la hauteur de l’ignominie tennistique que je viens de produire. Je lui serre la main sans le regarder. Le « alleeezzz !!! » tonitruant qu’il a lâché sur la balle de match m’a définitivement projeté en dehors du monde réel. Je ne réponds plus de rien. Ce qui me retient de lui péter la gueule ? La peur, peut-être. Le mec doit mesurer 1,95 m. Il me tend les balles destinées au perdant. Je les lui recrache à la figure, en lui expliquant que je suis blessé et que je ne pourrais sans doute plus jouer pendant plusieurs mois.

Cette dernière excuse, évidemment vouée à minimiser sa victoire, n’est pas complètement fausse. Dans la continuité de mes précédents entraînements, j’ai ressenti pendant ce match les stigmates d’une blessure tendineuse que je ne connais que trop bien puisqu’elle m’avait déjà laissé sur le carreau par le passé. Certes, la douleur est encore supportable et n’excuse en rien la bouillie infâme que je viens de pondre. Mais elle me fait comprendre une chose : en fait, je suis clairement en train de faire un petit burn-out tennistique, que je n’avais pas encore décelé mais qui vient de me jaillir à la figure. Et puisque mon cerveau n’avait pas compris ça assez vite, c’est mon corps qui a fini par me rappeler à l’ordre. Logique…

Je suis en train de ruminer tout ça sous la douche du club-house, regard perdu et mine déconfite, lorsque j’entends soudain une voix dans la pièce. C’est « LUI »…

  • « Allez, j’y vais, au revoir, à bientôt ! »

En guise de réponse, j’émets un râle à peine audible. Deux mois plus tard, j’en suis toujours à me demander s’il avait voulu finir sur une note plus sympathique, ou s’il s’était juste ouvertement foutu de ma gueule…

 

Résultat : Défaite 6/1, 6/2 (vie de merde)

3 thoughts on “Le jour où j’ai été poussé au burn-out tennistique…

  1. Remettre 2 balles pour annuler un bon coup d’attaque adverse qui attrape la ligne, une méthode sournoise qui permet de ne pas perdre le point quand on manque de jambes, c’est d’autant plus efficace qu’on passe pour un mec sympa tout en trichant! Ça mériterait presque un ajout dans le tuto de la triche

    Merci pour cet article!

  2. J’aime bien ton blog, tes analyses sont pertinentes, tu as une bonne plume et de l’humour.
    Mais par contre c’est fou comme « tu te prends la tête » !

    Regarde cette vidéo si tu veux limiter tes burn-out tennistiques…
    Il y a des bons conseils à prendre pour avoir un état d’esprit plus relax en compétition et essayer d’y prendre du plaisir 😉

    https://www.youtube.com/watch?v=sIyredJpz58

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