Pourquoi les joueurs de 3ème série sont insupportables

Ils sont environ 100 000 en France (sur plus de 400 000 classés), et s’ils ne sont pas majoritaires dans les compétitions amateurs, ils en constituent selon moi le poumon principal et probablement aussi le reflet le plus juste, à la fois par leur attitude et par leur relation intense et torturée à leur sport. « Ils », c’est vous, c’est moi, c’est nous. Ce sont les joueurs(ses, écriture inclusive) de 3ème série. Et croyez-moi, il faut se les farcir… Voici pourquoi.

 

 

1/ Parce qu’ils sont râleurs

Pour avoir traîné mes guêtres sur d’innombrables tournois amateurs, je crois pouvoir affirmer que c’est en 3ème série que l’on trouve la plus forte concentration de psychopathes en puissance. J’ai ma théorie là-dessus. Le problème des joueurs de 3ème série est qu’ils se situent mentalement entre la « chévritude » de l’immense armée des 4ème série (près de 75% des classés en France), qui sont en général trop mauvais pour prendre la compétition vraiment au sérieux – à part quelques énergumènes qui ont définitivement abandonné toute forme d’honneur -, et la « relaxitude » des 2ème série, qui ont passé un cap technique leur permettant de pouvoir faire beaucoup plus de choses sur le court, et donc d’être beaucoup moins frustrés.

 

Voici l’exemple d’un 3eme série en pleine action, vidéo que le youtubeur chriscross118 a eu la gentillesse de réaliser pour moi, en filmant l’un de ses coéquipiers (allez voir sa chaîne, c’est un 2ème série !) .

2/ Parce qu’ils sont sans couleur ni odeur

Les 3ème série sont comme les restaurants japonais qui poussent à la chaîne dans le 14ème arrondissement de Paris : ils ne sont nippons, ni mauvais. Leur technique, déjà d’une certaine manière aboutie, leur permet certes d’être les rois borgnes dans le royaume des aveugles de la 4ème série (désolé si je m’acharne), qui les badent avec des yeux de merlan frit, ce qui a au moins le mérite de satisfaire à leur ego disproportionné. M’enfin bon, que les 3ème série n’espèrent pas non plus pécho avec la seule puissance de leur service où la seule grâce de leur coup droit. D’ailleurs, tout 3ème série sait bien qu’à chaque fois qu’une belle fille (ou un beau mec) passe à proximité de son court, ça se finit très mal, en général…

 

3/ Parce qu’ils sont défenseurs  

Pour rebondir sur l’article « polémique » récemment écrit par Blog Tennis Concept (lire ici et ici), expliquant pourquoi l’attaque est plus difficile que la défense, j’irais même plus loin : c’est justement parce que l’attaque est plus difficile que la défense (sur le plan technique) que l’on trouve plus de défenseurs en 3ème série. En 4ème série, on se lâche un peu plus, certains sont même engoncés à ce niveau justement parce qu’ils tiennent à leur service-volée. Les 3ème série, qui sont bien plus compétiteurs dans l’âme, sont du coup trop « petit bras » pour se la jouer Pat Rafter. Ils préfèrent se nourrir du déchet des autres, tels des rats d’égout.

 

4/ Parce qu’ils sont mauvais joueurs

Les 3eme série sont probablement les joueurs qui ont le rapport le plus malsain à la défaite. Personne n’aime perdre me direz-vous… Encore que, vous trouverez pas mal de 4ème série capables de vous annoncer qu’ils viennent de prendre 1 et 2 avec un grand sourire aux lèvres et une binouse à la main. Les 2ème et 1ère série, pour leur part, détestent perdre mais sont capables de rester à peu près lucides sur les raisons de leur échec, qui certes peut entamer leur confiance en leur jeu, mais pas leur amour-propre. Les 3ème série, eux, abhorrent d’autant plus la défaite qu’en sus de l’échec sportif, elle constitue un coup de canif dans leur ego vacillant. Alors, pour garder la face vis-à-vis des autres et souvent vis-à-vis d’eux-mêmes, c’est un festival : et vaz-y que je te trouve des excuses bidons, que je boude pendant des heures ou que je mets ma raquette au placard pendant des mois pour ne plus revivre « ça »… N’envisagez même pas de leur parler pendant le reste de la journée suivant une défaite.

 

5/ Parce qu’ils sont manipulateurs

C’est lié là encore à l’esprit hautement compétiteur des 3ème série, qui aiment la victoire plus que quiconque mais n’ont que très rarement les moyens de leurs ambitions. Comme ils n’ont pas d’arme fatale dans leur jeu, pour gagner, ils doivent compter sur autre chose que sur la qualité de leur volée. C’est pourquoi ils tirent au maximum sur la ficelle psychologique, à un point qui en devient parfois indécent. Tout est bon à prendre pour déstabiliser l’adversaire, du « vamos !!!! » hurlé à pleins poumons sur un smash baduf, au coup du lacet savamment orchestré juste avant une balle de break, en passant par d’incessantes réflexions destinées à dénigrer systématiquement son opposant. C’est moche, mais comme dirait l’autre, c’est ça l’tennis !!

 

6/ Parce qu’ils sont (parfois) grugeurs

C’est la version « borderline » du paragraphe précédent et heureusement, cela demeure assez rare. Mais néanmoins, ça arrive. Et quand ça arrive, c’est souvent en 3ème série. En témoigne cette vidéo publiée récemment sur ma page facebook (vidéo qui n’a rien d’un « fake », comme dirait Donald Trump) mettant en scène un 30 pris en flagrant délit de tricherie. Certes, c’est vrai que les 30 sont un peu la poubelle de la 3ème série, mais bon…

7/ Parce qu’ils sont crâneurs

Malgré tous ses défauts exposés précédemment, je crois bien que les 3ème série sont probablement les joueurs les plus forts en gueule de la classe tennistique. Pourquoi ? Mais parce qu’ils sont frustrés, bien sûr ! Donc ils ont besoin de s’exprimer pour trouver un exutoire à leur stress, leurs angoisses, leurs doutes. Pour faire illusion aussi, parfois, ou pour masquer leurs turpitudes mentales. En même temps, ce sont des passionnés qui connaissent très bien le tennis (souvent mieux que les 2ème série, car ils vont chercher à compenser leurs lacunes par des connaissances toujours plus accrues), donc ils sont capables d’en parler pendant des heures. D’ailleurs, le pire, c’est que parfois même, ils finissent blogueurs !

 

 

Et en bonus, pour étayer mes propos, voici une petite autopsie de l’ensemble de la 3ème série telle que je la perçois :

 

30

Créature tennistique un peu étrange, hybride, ni vraiment débutante, ni tout à fait confirmée… Comme le binoclard du fond de la classe, il est regardé avec une certaine condescendance par ses congénères de 3ème série qui se refusent obstinément à le considérer comme l’un des leurs, mais qui sont toutefois bien contents de le trouver quand il s’agit de commencer un tournoi en douceur (surtout en période de crise). Le 30, il est vrai, ne fait rien pour défendre son cas, tant sa technique est parfois désopilante et son mental souvent désastreux. Sur un terrain, il fait parfois penser à une abeille prise dans le pot de miel : il se débat comme un fou avec ses petites pattes, mais au bout du compte, on sait qu’il ne s’en sortira pas.

15/5

Ticket d’entrée minimal pour être admis dans la castes des « vrais » compétiteurs. Il en résulte fréquemment une réaction disproportionnée la première fois que l’on accède à ce classement : euphorisé par cette admission tant attendue dans la confrérie des « 15 et plus », on peut se sentir pousser des ailes… et s’écraser comme une merde au premier tournoi venu, surtout si son tennis n’est pas armé pour encaisser le choc, ce qui est souvent le cas même si le 15/5 est généralement doté d’un coup droit nettement supérieur à celui du 30. En résumé, le 15/5 est tel un château de cartes : il peut faire son effet, mais l’édifice reste fragile, très fragile…

 

15/4

Apple dirait que c’est la version « S » du 15/5. Rien ne l’en distingue au premier coup d’œil, pas plus ses gestes patauds que son service de girafon mal dégrossi. Mais c’est à l’usage que l’on déniche quelques ressources supplémentaires, souvent une plus grande capacité à manipuler psychologiquement son adversaire. Ceci explique peut-être pourquoi l’échelon 15/4 est particulièrement prisé des vieu… pardon, des vétérans acharnés de ton club, ceux qui plantent leur tente au bord du court et trouvent toujours le moyen de réserver avant toi pile-poil le créneau horaire que tu voulais. Oui, car, à l’exception notable du petit jeune bon à prendre mais qui ne fait généralement qu’un passage éclair à ce classement, le 15/4 est souvent un vrai casse-couille…

 

15/3

Elément charnière de la 3è série. Mais à l’inverse du demi de mêlée au rugby qui fait la liaison entre la masse laborieuse des avants et la classe gracile des arrières, le 15/3 fait la jonction entre le star-system devant lui et l’armée du salut qui est derrière. Selon ses jours, il peut même s’apparenter à l’un des deux camps, ce qui lui vaut souvent de souffrir d’une forme de dichotomie mentale. Par fierté, toutefois, le 15/3 ne perd quasiment jamais en-dessous mais ses complexes latents font qu’il gagne très rarement au-dessus. Résultat, il baigne en permanence dans une macération consanguine qui ne favorise pas son épanouissement tennistique, malgré des acquis techniques intéressants.

 

15/2

Nouvel eldorado tennistique, barre fatidique à partir de laquelle « ah y est », on peut passer son monitorat ! Avec l’affaire de la billetterie noire de Roland-Garros, c’est probablement l’une des plus grandes escroqueries jamais montées par la FFT car en réalité, c’est aussi le dernier classement accessible aux imposteurs du beau jeu, ceux qui ne savent pas lifter un revers (remarquez, y’avait aussi Steffi Graf), frappent deux volées par saison, ont un coup droit en papier mâché ou réussissent un ace par année bissextile. Et parfois tout ça à la fois ! Mais qui savent exploiter au mieux la moindre défaillance adverse… Après, il y aussi pléthore de 15/2 qui savent jouer au tennis. Ceux-là finissent en général tôt ou tard à l’étage du dessus.

 

15/1

Tireur d’élite de la classe moyenne. La star, le gossbo de ladite classe. Face à ses pairs d’en-dessous qu’il toise avec dédain, il gagne en général dès le vestiaire, d’une petite phrase bien sentie (genre : « j’ai fait 3 sets à 4 la semaine dernière », caca mou assuré pour le petit 15/3 d’en face) ou d’un étirement de pro exécuté avec brio. Il est en effet admis que c’est à partir de 15/1 qu’on peut commencer à se la jouer pro (bandeau dans les cheveux, demi-grip à la Gasquet, sigle du cordage apparent, etc.) sans que ça fasse parfaitement ridicule. Malgré ces avantages que lui confère la propreté de son tennis, le 15/1 est dans la position inconfortable d’un skyliner sur son fil : en-dessous de lui, c’est le vide, et au-dessus, le ciel. Un autre monde, qui lui est souvent parfaitement inaccessible. Celui de la 2è série…

 

@Photo principale : FFT

17 thoughts on “Pourquoi les joueurs de 3ème série sont insupportables

  1. J’ai ri du début à la fin… excellente analyse sarcastique au goût de vérité moquée. Merci ☺ 😃

  2. Génial, j’ai rigolé du début à la fin et la description de chaque classement est tout simplement un délice. Superbe analyse du joueur de 3eme série !😂😂😂

  3. Tellement bien écrit et bien observé. A chaque description de chaque classement j’ai reconnu un des joueurs de mon Club de l’on cercle d’amis. J’ai adoré. De la dérision sans méchanceté. Bravo.

  4. Commentaires et analyses pertinentes. En complément, j’ajouterais que cette zone médiocre que représente la 3ème série pourrait être agrandie jusqu’au classement de 0. Il n’est pas rare de constater que bon nombre de joueurs de deuxième série sont capables de frasques comportementales affligeantes sur un court.
    Enfin, n’oublions pas que ce « ventre mou » de la troisième série est en proportion significative constitué de merdeux/ses de 11 à 14 ans qui pensent que le monde tournent autour d’eux et qui ont généralement des parents dont l’electro-encéphalogramme est proche du linéaire. Par conséquent, c’est aussi le procès du monde « encadrant » du tennis (entraîneurs de clubs, cadres techniques, dirigeants, parents…) qu’il convient d’effectuer ici.

  5. J’ai explosé de rire tellement c’est à la fois caricatural mais vrai.
    Maudits 3eme série 🙂 vous nous faites bien rire 😂

  6. Merci pour vos commentaires qui me montrent qu’il y a encore des gens capables de faire preuve d’auto-derision en France, ça me rassure ! Pour répondre plus spécialement à Fabien, je ne connais pas suffisamment la 2eme série pour me faire un avis précis mais j’ai quand même l’impression que le comportement y est globalement meilleur qu’en 3 et 4ème série. Je dis bien globalement car évidemment il y a des contre-exemples partout, je connais des 3ème série adorables ! En ce qui concerne le procès des encadrants, les parents et même les profs, il y aurait à dire en effet. Je vais y songer. En attendant, de belles fêtes à tous, allez jouer un peu pour évacuer la bûche!!

  7. Très bon article, très drôle, et en grande partie aussi très bien observé.

    Si les joueurs classés en seconde série sont un peu plus zen que les troisièmes série en match (quoi qu’il y ait des contre-exemple) c’est aussi parce qu’il ont fait beaucoup plus de match. Rare sont les joueurs en troisième série qui disputent plus de 40 matchs par saison (et à ce stade, ils sont généralement 15/2).
    Les joueurs de seconde série ont été obligé pour accéder à ce niveau de faire plusieurs saison à 50, 60, 80 matches ou plus, ce qui implique une approche « professionnelle » du tennis.

    Vincent

  8. Bravo, j’ai bien ri et je me reconnu ainsi que les autres classements.;ça fait un peu horoscope, des déclinaisons de caracteristiques des signes du zodiaque.

  9. C’est ça l’tennis !!!!!!!! Le TC Irigny et le capitaine Morgane (coca + demi-citron) te remercie pour ce belle hommage.
    L’équipe 1,2 et 3

  10. Putain que c’est bon ! Et puis ça vient confirmer mon ressenti. Malgré mon classement à 15/4, je suis un vrai 15/3 selon le pedigree qui est décrit ! Merci

  11. Franchement excellent, je me suis marré du début à la fin: énorme! Un Article niveau 1ère série à coup sûr ! lol

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