Ces 10 drôles de zèbres qu’on retrouve dans tous les clubs de tennis

Le club de tennis est une grande famille et comme dans toute famille, on y retrouve toujours les mêmes figures : l’oncle relou, la belle-mère acariâtre, etc. Ou plutôt, dans le cas présent, leur équivalent tennistique. Toute ressemblance avec des personnes ayant vraiment existé serait purement… volontaire, oui.

 

1/ Le jeune au mental de chips

Ah, que serait-on sans lui, cet agnelet surclassé que tu te fais un plaisir de dévorer en usant de techniques amorales (balles vicieuses, manipulation psychologique…) pour t’offrir LA perf de ta saison. Nonobstant le vieillissement supposé de la population tennistique, le petit jeune au mental de chips est aussi répandu que parfaitement reconnaissable : gros sac Babolat, Pro Staff neuve, tenue Nike impeccable, mèche blonde ceinte d’un bandeau, il se distingue surtout par sa gestuelle merveilleusement fluide à l’échauffement dont tu ris à l’avance en imaginant à quel point elle va se déliter sur ton revers saucissonné dès la première balle de break. Une heure plus tard, le petit jeune propre sur lui se transforme en grunge dépravé, poussant des jurons immondes et virant sa mère du bord du court par un « dégage ! » qui lui vaudra trois mois de privation d’argent de poche. Plus la Pro Staff à repayer…

 

2/ Le pilier du club-house

Son niveau tennistique limité – euphémisme – est inversement proportionnel à son assiduité au club qui, elle, force le respect. Pour tout dire, tu n’as pas souvenir de la dernière fois où tu es venu jouer sans le croiser. Car oui : si toi tu viens au club exclusivement pour taper, lui en revanche est souvent là pour une raison indéterminée, voire improbable : ramasser les feuilles sur les courts, changer un néon d’éclairage, mettre les bières au frais pour dimanche… Il a toujours un truc de mieux à faire au club que chez lui où, on le présume, il se fait horriblement chier depuis sa retraite. Ses rares apparitions raquette en main se font désormais exclusivement en double mixte, la plupart du temps au côté de la cougar sur le retour (voir plus loin) qu’il n’a de cesse de vouloir pécho, en vain. Il est vrai qu’avec la tronche de son service…

 

3/ L’alcoolique notoire

Ne le confondons pas avec le pilier du club-house, même s’il s’entend très bien avec lui autour du zinc (ces deux là, il vaut mieux les avoir en photo qu’en pension). Nettement supérieur, il gâche néanmoins une bonne partie de son potentiel dans une hygiène de vie proche de la décadence. Fêtard invétéré, il noie ses week-ends dans des beuveries sans fin au sortir desquelles il n’est pas rare de le voir directement débarquer, la clope au bec, l’œil vitreux, le poil hérissé, pour un match par équipes dont il avait complètement oublié l’existence jusqu’à ce que tu le tires du lit à 9h10 du mat’, alors qu’il était couché depuis 2 heures. Cela dit, il assume et il lui est même arrivé de faire quelques-uns de ses meilleurs matches dans ces conditions, ce qui lui vaut d’être appelé le Benoît Paire de la 3ème série. Avec certes moins de main, mais un bien meilleur (lever de) coude.

 

4/ Le CGTiste

Avec lui, on redescend un peu en niveau mais on monte nettement le volume sonore. Le CGTiste, qui n’a jamais franchi la barre de la 3ème série, n’a peut-être pas de revers mais une bouche « comme ça » qui fait de lui, malgré tout, l’une de tes principales bêtes noires. Tu en es d’ailleurs arrivé au point de l’éviter puisque tu sais qu’à chaque fois que tu le croises, tu en as pour 2h à écouter ses doléances à propos de tout et de rien, du président qui n’écoute pas ses adhérents, de l’entraîneur qui lui a fait prendre une mauvaise prise, du capitaine qui ne l’appelle jamais pour jouer en équipe (tu m’étonnes) ou de la mairie qui refuse de refaire les terrains. Ah, s’il pouvait monter aussi bien au filet qu’au créneau… Cela dit, tu as cru déceler chez lui de gros progrès ces derniers temps. Normal : leader des gilets jaunes dans sa boîte de BTP, il joue tous les jours depuis deux mois !

 

5/ Le touriste

Ce joueur au demeurant pas mauvais mais dilettante, pas méchant mais un poil égoïste, a bien compris la définition de « sport individuel ». Le club, pour lui, n’est en rien un lieu social, plutôt un exutoire à une frustration enfouie. En fait, tu n’as jamais vraiment compris les raisons profondes de sa présence : il ne participe pas à la vie de club, ne travaille rien à l’entraînement, ne suit pas l’actualité tennistique et se contente de taper machinalement dans la balle sans but précis, tel un chien errant dans une ville-fantôme. Il ne fait jamais de match non plus, sauf pour pallier une cascade de forfaits en équipes, auquel cas il demande immanquablement à jouer en premier parce qu’il a « un truc à midi ». Il t’arrive parfois de l’appeler pour un entraînement. Tu sais qu’il n’a jamais de balle ni de motivation, mais il n’a aucun esprit de compétition non plus et constitue ainsi une proie relativement facile, toujours bonne à prendre pour se relancer dans les périodes de doute.

 

6/ Le 30/2 qui se prend pour ton prof

Cousin proche du pilier du club-house, le 30/2 jouit d’un passé tennistique légèrement plus glorieux – ou légèrement moins ridicule – qui, pense-t-il, l’autorise à délivrer ses précieux conseils techniques à qui veut bien les entendre (c’est-à-dire personne). Or, pour une mystérieuse raison, c’est le plus souvent sur toi que ça tombe. L’autre jour par exemple, tu sortais d’une contre bien moisie à deux classements en dessous après laquelle tu n’avais qu’une seule envie, d’aller te pendre par les couilles au sommet d’un viaduc avec les cordes de ta raquette cassée. Eh bien, c’est pile le moment qu’il a choisi pour te faire un debrief long comme un jour sans bière : « tu finis jamais ton geste en coup droit » ; « tu lèves la patte au service. » ; « Tu poses pas tes appuis en revers. », etc, etc. La légende raconte que ce jour-là, le malheureux a fini avec un manche 3 de Head dans la bouche…

 

7/ Le fantôme du groupe WhatsApp

Parmi tes innombrables groupes de discussion (dont tu ne connais même pas l’origine pour la plupart), il y a le fameux groupe « tennis », pratique pour planifier les entraînements collectifs et les rencontres par équipes. Enfin, censé être pratique. Le problème est que le comportement des humains vis-à-vis de WhatsApp est binaire : il y a ceux, majoritaires, qui t’abreuvent à longueur de journée de conneries en tout genre au point de te pousser, par moments, à devoir te mettre en silencieux ; et il y a celui, à l’inverse, qui ne répond absolument jamais, même quand la question lui est directement adressée. Tu avais d’ailleurs fini par zapper sa présence jusqu’à ce qu’un jour, un aussi lapidaire qu’énigmatique « ok » s’affiche sur ton écran, un truc totalement inattendu, façon ace sur 2ème balle !  (NDRL : le fantôme du groupe WhatsApp et le touriste ne font souvent qu’un).

 

8/ La star du club

C’est la version tennistique du blond de Gad Elmaleh. Sorti de nulle part (c’est quand même pas Michel l’éducateur qui lui a appris à jouer comme ça, si ??), il sait faire des revers liftés, des premières à plus de 170, des accélérations de coup droit dans le terrain et autres coups étranges qui n’ont jamais dépassé chez toi le stade du fantasme. Entre toi et lui, il y a un monde, tennistique bien sûr, mais aussi relationnelle, une certaine distance qu’il s’applique à mettre chaque fois qu’il te croise comme pour te rappeler que vous n’êtes pas de la même planète. Il n’est ni dans le groupe WhatsApp, ni aux entraînements collectifs, ni au barbeuc de fin de saison, il part les trois-quarts du temps en tournée avec d’autres blonds. Quand il revient, il est accueilli en triomphe et contemple ça d’un œil posé, avec l’assurance du mec au-dessus. Disons-le, sous ses dehors parfaits, il a – tu en es sûr – un boulard qui te soûle un peu. Mais tu prendrais bien son coup droit, quand même…

 

9/ La cougar sur le retour

Elle a connu deux gloires dans sa vie : sa montée à 15/2 en 1992 et, l’année suivante, son titre de première Dauphine à l’élection de Miss tee-shirt mouillé Pays du Salers. Ensuite, la vie l’a rattrapée : divorcée deux fois, portée dit-on sur la boisson, elle n’est clairement plus de première fraîcheur mais garde néanmoins quelques beaux restes, physiques et tennistiques, qu’elle tente de mettre en valeur au moyen de tenues affriolantes en espérant se faire remarquer par un petit jeune fougueux en pleine ascension. Manque de bol, elle ne fait qu’attirer toute la plèbe du club qui se relaie à son chevet tous les dimanches pour des parties de double mixte dont ils se carrent royalement mais qu’ils rêvent de voir un jour s’achever en apothéose, sous la douche. Malgré de nombreuses rumeurs, aucun, pour l’heure, n’est arrivé à ses fins. La cougar n’est pas tombée si bas.

 

10/ Le capitaine zélé

En tennis, il y a deux types de capitaine : Yannick Noah, qui part fumer des joints sur son bateau aux Caraïbes d’où il balance sa sélection sur WhatsApp après avoir découvert l’identité des adversaires la veille sur Wikipedia ; et Jean-Luc, sélectionneur-général de ton club, qui prend sa fonction avec le sérieux d’un colonel d’Infanterie de l’armée napoléonienne. Avec lui, faut pas déconner : tu dois annoncer tes disponibilités un mois à l’avance et avoir ton certificat en règle, sinon, tu joues pas. Cela dit, toi, en règle ou pas, tu joues pas quand même. Sauf la fois où tu as dû remplacer au pied levé l’alcoolique qui s’était levé du mauvais pied. Insuffisant pour rentrer dans les petits papiers de Jean-Luc, parti depuis en cure de repos après une défaite du club sur tapis vert pour un vice de remplissage de la feuille de match dont il ne s’est, paraît-il, jamais remis.

11 thoughts on “Ces 10 drôles de zèbres qu’on retrouve dans tous les clubs de tennis

  1. J’ai bien aimé la retenue de l’auteur au tournant de la phrase  » le malheureux a fini avec un manche 3 de Head dans la bouche… ». I expected something else.

  2. Très bon article. Il y a aussi ce joueur qui est toujours sur le court de tennis à chaque fois que tu te pointes au club. Son niveau n’est pas forcément excellent mais c’est le plus mordu des mordus de tennis 🙂

  3. La cougar me rappelle un épisode d’il y a quelques années : quand j’ai repris ma raquette pour des tournois après 10 ans d’arrêt, après 5 tours en deux jours, je me retrouve en tournoi sur la côté normande à 15/4, avec sur le cours d’à côté un spécimen de la cougar sur le retour en train de jouer avec sa version de 20 ans. Mon adversaire a passé le match à bavarder avec la cougar, ce qui lui a inévitablement valu un minaudage de compét’ de la part de la petite jeune, le tout en me collant 6/0 6/1. Je suis sûr qu’il a chopé son 06 🙂 Mon préféré reste le jeune au mental de chips, le meilleur ami de ton palmarès !

  4. Super et bien brossés les portraits! Il manquerait tous ces joueurs aux « coups tordus » dont on se demande quel genre de prof leur a enseigné cette technique aux coups étranges venus d’ailleurs ! ?

    1. C’est vrai… J’y ai d’ailleurs pensé aussi. En fait il en manque pas mal. Je pense que cet article aura un tome 2.

  5. Mais tellement vrai ! A chaque présentation, je sais pas pourquoi, j’avais un nom qui me venait. Voire 2 ! Merci

  6. Bonjour, j’ai énormément rit en effet, il manque aussi le faux modeste. Ce fameux joueur qui se dévalue tellement que tu crois que tu peux le battre et après deux baggles tu rentres chez toi en pleurant.

  7. 😂 trop drôle les portraits! Comme quoi, où qu’on soit, dans les clubs, c’est partout pareil. Perso, j’ai vu ceux qui jouent 3ème série et qui sont persuadés d’avoir un niveau 1ère série et ceux qui commencent à te faire un cours de tennis au lieu de simplement être à sa place de partenaire de jeu.

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